Guillaume Bourdon : ENTREPRENEUR SANS TABOU

Guillaume Bourdon : ENTREPRENEUR SANS TABOU

Guillaume Bourdon : ENTREPRENEUR SANS TABOU

DATE : 1er mai 1994. la mort d’Ayrton Senna. Il représentait ce qui me
fait vibrer : l’engagememt, la passion, l’énergie.
LIEU: La montagne.
AMBITION : Continuer à être heureux.
PHRASE : « L’imagination créatrice ne crée probablement rien, elle se contente de découvrir des relations, dont l’homme n’avait point encore conscience », Henri Laborit.
PERSONNALITÉ: Alberto Giacometti.

Référent lyonnais de l’association Second souffle, qui vise le «rebond» après un échec entrepreneurial, Guillaume Bourdon a connu le meilleur et le pire en tant que chef d’entreprise.

Un patron en échec, tombé parfois au plus bas, peut-il rebondir un jour ? Pas simple. Depuis le printemps, à Lyon et dans d’autres villes de l’Hexagone, des entrepreneurs ou ex-entrepreneurs se réunissent chaque premier jeudi du mois pour partager leurs expériences sur le sujet. Ces rencontres « After fail », initiées à Paris et portées par l’association Second souffle, fondée en 2010, ne laissent pas de place au tabou. Guillaume Bourdon, « animateur » lyonnais de l’association, veut « dédramatiser le discours ».

« Pourquoi ne pourrait-on pas se planter ? », se demande-t-il. Il sait qu’il faudra du temps pour faire évoluer les mentalités. « La fraude, la malveillance sont marginales dans les défaillances d’entreprise », ajoute ce natif de Villefranche-sur-Saône. Par là, l’homme de 41 ans veut dire que la confusion est encore grande entre les quelques patrons “voyous” et les autres, ceux qui se sont juste démenés, dans la bonne ou la mauvaise direction, sans réussir à éviter le mur. « J’ai toujours entendu qu’aux Etats-Unis, par exemple, l’erreur était un acte de crédibilité », continue Guillaume Bourdon. A tel point que les recruteurs et autres partenaires financiers peuvent se demander, outre-Atlantique, si un parcours trop parfait, trop « lisse », ne cache pas quelque chose de douteux. On peut toujours imaginer qu’un jour, en France, la vraie question sera : un patron sans échec est-il vraiment un patron ?

En attendant, Guillaume Bourdon, comme ses homologues de Paris ou Rennes, tente de rassembler. Peu de gens participent aux soirées pour
l’instant. « Je sais que ce n’est pas évident », admet celui qui tente de
faire connaître l’association, comme au CJD, où il aime s’activer. Les objectifs de Second souffle sont multiples : « Dé-marginaliser la chute, valoriser l’expérience entrepreneuriale et mettre en avant l’acte individuel de celui qui veut repartir », poursuit le référent lyonnais. L’association
entend par exemple « réhabiliter » l’entrepreneur qui se dirige vers une
phase de salariat, ou favoriser ses chances de pouvoir financer un nouveau projet. Les « After fail » sont pensées pour nouer des contacts, partager du réseau. Second souffle propose aussi de l’accompagnement et plus largement de soutenir le « rebond », via des partenariats dans l’univers du coaching, du recrutement et même du crowdfunding. En contribuant à ce travail, Guillaume Bourdon espère pouvoir « récupérer des gens ». Lui aussi aurait sans doute apprécié, au moment de sa chute, un tel soutien.

Diplômé de l’Ecole d’Arts appliqués, à Lyon, celui qui se définit comme un « concepteur, qui cherche à construire quelque chose avec des compétences diverses », connaît très vite l’entrepreneuriat. Impliqué dans la création de Skimania, car fondu de ski et de montagne, il co-fonde surtout Altitudes Développement en 1998, une agence spécialisée dans le design signalétique qui trouve ses premiers débouchés grâce à la coupe du monde de football. De 1998 à 2008, la progression est constante. Mais la quasi-totalité de l’activité est réalisée auprès des collectivités. « J’avais envie de donner un nouvel élan. Je me suis demandé s’il était possible de travailler avec le privé
», se souvient Guillaume Bourdon. La descente aux enfers s’enclenche doucement. Une histoire d’associés qui explose dans la douleur puis
une croissance délicate à maîtriser finissent par envoyer l’agence (neuf personnes au plus haut) en redressement judiciaire, fin 2011. Pris dans un « rouleau compresseur », Guillaume Bourdon vit (mal) la liquidation judiciaire de l’entreprise en mai 2012. Au plus bas, il réactive son réseau
quelques mois plus tard et repart à zéro, en libéral, dans le même
domaine. « Il faut arriver à se déculpabiliser », glisse-t-il. Après un an de
recul, l’entrepreneur se dit « serein » : « Je ne regrette pas l’expérience. Ça
m’a aidé à me trouver, à trouver mes limites ». Un vrai second souffle.

Pierre-Jean Nicot
Le Tout-lyon Affiche – Octobre 2013

En savoir plus