Ces entrepreneurs qui veulent croire en une seconde chance

Ces entrepreneurs qui veulent croire en une seconde chance

Stratégie « Second souffle » organise, jeudi au Times Donuts (34, rue Sainte-Hélène, Lyon 2e ), son premier « After fail », une rencontre dédiée à des entrepreneurs prêts à discuter sans tabou de l’échec entrepreneurial et des solutions pour rebondir. L’occasion pour « Le Progrès Économie » de s’intéresser à ces entrepreneurs qui ont essuyé un échec entrepreneurial avant de rebondir.

Pendant quinze jours, l’équipe du Progrès Économie s’est mise en quête de dénicher des témoignages d’entrepreneurs lyonnais qui ont eu la force, l’énergie, la chance aussi, de rebondir après avoir vécu un échec entrepreneurial. Trois d’entre-eux ont fini par témoigner sans détour, à visage découvert (p. 4 et 5). Une vraie gageure, puisque nous avons essuyé une quinzaine de refus de dirigeants. Qui n’ont ainsi fait que cultiver le tabou de l’échec entrepreneurial, bien enraciné en France. « Si réussir est un gros mot à Lyon, échouer, c’est presque impardonnable », lance sèchement l’un d’entre-eux qui a, depuis sa « descente aux enfers », rebondit, « en gommant l’échec, pour me refaire une virginité ». Même Bruno Bonnell, l’emblématique PDG de Robopolis – pourtant très communicant d’habitude- n’a pas souhaité parler de son expérience d’Infogrammes, de son rebond. A Lyon, les entrepreneurs, à de rares exceptions, rechignent donc à évoquer leurs mésaventures.

«Les 3 D de l’entrepreneur «

Le tabou subsiste, « Les entrepreneurs ont même tendance à être vus comme des parias de la société, à avoir honte », lâche Antonella Viland qui lance, jeudi soir, la première « After fail » à Lyon (1). Des parias, pour qui il est souvent difficile « de faire le deuil » et d’échapper, selon ses dires « aux 3 D de l’entrepreneur : Dépôt de bilan, Dépression, Divorce ». L’entreprise, c’est « le bébé » de nombre d’entrepreneurs, avec lequel ils se projettent et sans lequel il leur est difficile de rebondir. D’autant plus s’ils « ont misé, comme moi, leur argent, leur énergie, leur famille dans l’aventure », lance, désabusé, un patron de PME qui a tout perdu en 2008. « Aller dans le mur », c’est le lot de nombreux entrepreneurs qui ne parviennent pas à passer une crise conjoncturelle, structurelle, ou les deux en même temps, « mais ce n’est pas une fatalité », conjure Thierry Millon, responsable des études chez Altares, spécialiste de la connaissance inter-entreprises. « Aujourd’hui, le dispositif législatif est large, la conciliation, le mandat ad hoc, la sauvegarde, etc., permettent, à condition de vouloir anticiper et d’accepter l’idée même de l’échec, de se sauver, de rebondir », explique-t-il. « Le volume est très insuffisant, mais ¾ des entreprises qui sont passées par la conciliation ont rebondi, la moitié passées par la sauvegarde, aussi », assure-t-il. Au-delà de la sanction de la liquidation judiciaire, l’interdiction de gérer, qui frappe en moyenne 2 000 dirigeants par an en France, constitue, elle aussi, un frein au rebond de patrons en quête d’une seconde chance. Qui se doivent de retrouver le mental, l’énergie, les finances, « faire fi des tabous », pour se construire une nouvelle vie entrepreneuriale.

Le 1er avril 2013